La paille porteuse comme panneau sandwich

Introduction

Contexte

La construction en Paille Porteuse (PP) est un système constructif dans leqeul les murs porteurs sont constitués de bottes de paille superposés en quinconce, précomprimés entre deux lisses en bois puis enduites, généralement d’enduits fibrés à base de terre ou de chaux. La paille dans la construction constitue un savoir vernaculaire et ce système précis est apparu aux États-Unis vers la fin de XIXème siècle dans le Nebraska [1], puis a connu un regain d’intérêt scientifique et technique en Europe au début des années 2000. En France on peut retrouver plusieurs travaux de l’École Nationale des Ponts et Chaussées (ENPC) [2], l’École Nationale des Travaux Publics de l'État (ENTPE) [3] et le Réseau Français de la Construction en Paille (RFCP) sur la construction en PP. De nombreux essais ont également été menés jusqu’à très récemment cette année pour caractériser ce système constructif.

Les Règles Professionnelles de Construction en PP [4] est aujourd’hui, en France, un des premiers documents règlementaire et un des plus complets sur la construction en paille intégrant les aspects mécaniques porteurs de celle-ci. Il contient notamment des définitions précises des matériaux utilisés pour la PP, des méthodes de dimensionnement à la main et un socle de données expérimentales directement utilisable. Néanmoins son contenu reste limité pour être véritablement à l’aise dans le calcul numérique et la justification des structures en PP auprès des bureaux de contrôle.

Hypothèses de ce travail

L’hypothèse centrale de ce document est que le système de PP enduite se comporte mécaniquement comme un panneau sandwich. Les enduits forment les peaux rigides et résistantes.La paille constitue le noyau central léger et donnant de l’inertie au mur. C’est une hypothèse qui existe depuis près de 20 ans et que l’on peut notamment retrouver dans certains articles scientifiques sur ce système constructif [2].

Objectif de ce document

L’objectif de ce document est donc d’établir la base scientifique et normative qui permet de traiter la PP en se basant sur des documents consensuels:

Les matériaux composant le système Paille Porteuse

La paille comme matériau fibreux

Gibson et Ashby [5] définissent, dans Cellular Solids, un matériau cellulaire comme “un solide constitué d’un réseau interconnecté de montants ou de plaques solides qui forment les arêtes et les faces des cellules”.

La coupe réalisée par tomodensitométrie de la Figure 1 d’une botte de paille [7] permet d’observer la même structure de tiges végétales creuses distribuées de manière quasi-aléatoire dans la botte.

Figure 1: Coupes d’une botte de paille par tomodensitométrie (CT scan) [7]

La paille n’est donc pas exactement un solide cellulaire mais un matériau fibreux, à l’instar du papier ou de la ouate, exemples cités dans Cellular Solids [5]. Ces matériaux sont consitutés d’un “enchevêtrement aléatoire de fibres, dont les points de contact peuvent être liés entre eux”, comme le montre la Figure 2.

a

b

c

d

Figure 2: Matériaux fibreux [5].

a: feutre

b: papier

c: ouate

d: tuile de navette spatiale

Gibson et Ashby expliquent que ces matériaux ont de nombreux points communs thermiques et mécaniques avec les matériaux cellulaires et que les méthodes développées dans Cellular Solids peuvent s’appliquer à ceux-ci, et donc à notre paille. En particulier, le comportement mécanique des mousses semble proche de celui des bottes de paille. Les deux autours donne des intervalles de valeurs pour la densité, le module d’Young et la résistance de certaines familles de solides cellulaires. En mettant en perspective les valeurs typiques de la paille dans la Figure 3 on observe cette proximité mécanique.

Figure 3: Comparaison des propriétés mécaniques des matériaux cellulaires avec la paille [5].

Cette idée que la paille se comporte de façon similaire à une mousse se confirme en comparant les courbes contraintes-déformations typiques des deux matériaux.

Figure 4: Courbes contraintes-déformations.

a) théorique d’une mousse [8]

b) réelle d’une botte de paille de 115kgm3 [9] fds

Comme présenté dans la Figure 4, la courbe contrainte-déformation de la mousse est constitué de trois régimes successifs: un régime élastique linéaire (flexion des parois des cellules), un plateau plastique (flambement ou plastification des parois des cellules), puis une densification des cellules [5], [8]. Les courbes expérimentales de bottes de paille typiques (autour de 100kgm3) en compression reproduisent cette séquence en trois phases distinctes.

Pour aller encore plus loin on peut appliquer les lois données par Gibson et Ashby [5] pour les mousses à la paille. Par exemple, on peut relier le module d’élasticité du matériau à sa densité:

𝐸𝐸𝑆=𝐶(𝜌𝜌𝑆)2

𝐸𝑆 et 𝜌𝑆 sont les modules d’Young et densité du matériau composant les cellules de la mousse et 𝐶 est une constante dépendant principalement de leur forme.

Le mémoire de Master de Desille [3] regroupe les résultats des essais de mesure de module d’Young de bottes de paille de plusieurs articles scientifiques. Lorsque l’on trace ces modules d’Young en fonction de la densité des bottes mesurées on obtient une allure croissante, comme le montre la figure Figure 5.

Figure 5: Essais de mesure du module d’Young de bottes de paille selon leur densité et régression avec un modèle de loi carré [3]

Une régression polynomiale en 𝑦=𝑎𝑥2 permet de mettre en évidence la relation de l’Equation 1 entre le module d’Young et la densité des bottes.

Néanmoins par soucis de précision il est aujourd’hui nécessaire de mesurer sur chantier le module d’Young moyen des bottes de paille utilisés dans le futur mur en PP parce qu’il peut fluctuer selon différents facteurs extérieurs.

Tout cela constitue des indices évidents de la proximité entre notre matériau paille et les mousses utilisées dans les panneaux sandwich.

Les enduits terres et chaux fibrés comme matériaux composites

Les enduits de terres ou de chaux généralement utilisés dans la construction en PP sont constitués d’une matrice principale formé de terre (ou de chaux), de sable et d’eau à laquelle on ajoute des fibres naturelles, usuellement des fibres de paille coupées.

a

b

c

d

Figure 6: Photographies des composants des enduits terre et chaux utilisés en construction en PP.

a: Matrice en argile

b: Fibres de paille

c: Enduit terre complet avant application

d: Enduits terre et chaux appliqués et séchés

Les fibres de paille ajoutés dans les enduits sont distribués de manière aléatoire ou quasi-aléatoire, comme l’on peut observer dans les photographies de la Figure 6. Par ailleurs, une étude de 2013 de Pham et cie. [10] portant sur les bétons chaux-chanvre confirme expérimentalement que les inclusions végétales dans de tels mélanges de chaux n’ont pas d’orientation préférentielle.

Les enduits utilisés dans la construction en PP peuvent donc être considérés comme des matériaux composites en tant que matrice auquel on ajoute des renforts (les fibres de paille) dans une distribution quasi-aléatoire, comme le définit Halpin et Krados dans leur review sur les équations mécaniques régissant ces matériaux [11].

Des essais sur des éprouvettes cylindriques d’enduits terres et chaux avec du sable de 0/4 mm ont donnés des résistances en compression respectives de 1.1 MPa et 3.1 MPa [12].

Les panneaux sandwich

Le livre Cellular Solids [5] donne une définition simple du panneau sandwich:

“ Structural members made up of two stiff, strong skins separated by a lightweight core are known as sandwich panels. […] the skins or face materials are, typically, aluminium or fibre-reinforced composites; the cores are aluminium or paper—resin honeycombs, polymeric foams or balsa wood, all of which have a cellular structure. ”

C’est-à-dire: un panneau sandwich est un élément de structure composé de deux fines, rigides et résistantes peaux séparées par un noyau légé. Les panneaux sandwichs peuvent être couramment composé de faces en composites renforcés par des fibres et d’un noyau en mousse ou ayant une structure cellulaire. C’est exactement le système de la paille enduite: deux couches d’enduits fibrés séparés par un noyau de paille.

𝑡𝑙453000=3200

La plupart des panneaux sandwich ont un ratio d’épaisseur de face sur longueur d’entre 12000 et 1200

Figure 7: Modes de rupture des panneaux sandwich en flexion [5].

IL faudrait ajouter des photos des ruptures dans les essais. On peut voir de la délamination et de la plastification des enduits (fissures). Même si c’est pas en flexion ça reste OK => En compression il y a aussi le flambage global mais c’est très très peu probable dans notre cas parce que les murs ne sont jamais élancés.

Eurocode

Le projet d’Eurocode sur les structures composites, la CEN/TS 19101, porte sur la conception de structures de génie civil en matériaux somposites polymères renforcés par des fibres et notamment aux panneaux sandwich.

Bien que le document s’applique principalement aux matériaux composites formés de matériaux non géo-sourcés comme les fibres de verres ou les résines thermodurcissables, il est précisé dans le paragraphe 1.1 Scope of Technical Specification, alinéa (9): “ D’autres types de fibres, résines thermodurcies, âmes homogènes et adhésifs thermodurcis que ceux spécifiés en 1.1(6)-(8) peuvent être utilisés, à condition que leurs propriétés soient conformes au champ d’application et aux hypothèses définies dans la présente Spécification technique. ” [6].

Dit autrement, ce document normatif s’applique également aux panneaux sandwich dont les composants se composent d’autres matériaux que ceux jugés “usuels”: dans notre cas des fibres de paille dans les enduits et une âme en botte de paille, à condition que notre système constructif reste conforme au reste du document.

Le futur Eurocode requiert des essais spécifiques pour la détermination de toutes les propriétés mécaniques et thermiques des matériaux utilisés dans les panneaux sandwich Il précise que la liste des propriétés qu’il donne n’est pas nécessairement exhaustive selon le projet.. La conception préliminaire peut néanmoins s’effectuer avec des valeurs provenant de la littérature.

La distribution des fibres dans les enduits étant considéré comme quasi-aléatoire on consid-re que les enduits n’ont pas de directions de prédilection, i.e. les enduits sont isotropes. Ainsi, déterminer une propriété mécanique dans une direction de l’enduit suffit à la déterminer dans toutes les directions. De même pour la paille, il a été montré qu’il n’existe pas de d’orientation des bottes.

Les essais recquitsIl est nécessaire de vérifier que les normes données dans les tableaux sont appliquables aux enduits et à la paille. pour les enduits et la paille sont respectivement récapitulés dans la Table 1 et la Table 2.

Propriétés à mesurerDocument normatif
Module d’élasticité en traction, résistance en traction et coefficient de PoissonEN ISO 527
Module d’élasticité en compression et résistance en compressionEN ISO 14126
Module de cisaillement et résistance en cisaillementASTM D7078 /
ASTM D5379
Résistance en flexionEN ISO 14125
DensitéEN ISO 1183-1
Coefficient d’expansion thermiqueISO 11359-2
Conductivité thermique Pour les capacités isolantes mais également pour le calcul structurel au feuEN ISO 22007-2
Table 1: Essais nécessaires pour déterminer les propriétés mécaniques des enduits conformément au futur Eurocode [6].
Propriétés à mesurerDocument normatif
Module d’élasticité en traction, résistance en traction et coefficient de PoissonISO 1926
Module d’élasticité en compression et résistance en compressionEN ISO 844
Module de cisaillement et résistance en cisaillementISO 1922
ASTM C273 / ASTM C365M
DensitéEN ISO 845
Coefficient d’expansion thermiqueEN 13471
Conductivité thermique Pour les capacités isolantes mais également pour le calcul structurel au feuEN 12667
Table 2: Essais nécessaires pour déterminer les propriétés mécaniques de la paille conformément au futur Eurocode [6].

On a vu précédemment que la paille puvait complètement être considéré comme un matériau de ce type => matériax stratifiés à fibres courtes aléatoires / autres types de fibree/âmes.

§4.4.7 => valeurs temp et humidité => le cadre du document semble suffisant

§4.5 => conception assistée par essais => OK

L’eurocode fourni un cadre complet de calcul à l’ELU et l’ELS pour lequel la paille est valide. On peut voir pour extrapoler ses valeurs en produisant des essais matériaux sur la paille pour avoir des valeurs caractéristiques.

Il vise les fibres synthétiques et les résines thermdurcies mais notre analogie avec la mousse peut être suffisante.

Inserts dans les panneaux sandwich:

Liaisons:

Figure 8: Liaisons entre peaux de deux panneaux sandwich [6].

Bibliography

  • [1] S. Moréteau, “La paille porteuse d'avenir...,” La Maison Écologique, no. 81, pp. 44–48, Jun. 2014.
  • [2] G. Forêt, C. Hamelin, and M. Olivier, “La botte de paille, matériau porteur,” Mar. 2013. [Online]. Available: https://enpc.hal.science/hal-00940081
  • [3] J. Desille, “Comportement mécanique des murs en bottes de paille enduites,” Mémoire de Master, 2010.
  • [4] G. Bustarret, C. Hamelin, S. Houem, M. Lapierre, P. Braun, and I. Melchior, “Règles professionnelles de construction en paille porteuse, Version 1.0,” Document de travail, Jun. 2023.
  • [5] L. J. Gibson and M. F. Ashby, Cellular Solids: Structure and Properties, 2nd ed. Cambridge University Press, 1997.
  • [6] CEN/TC 250, “prCEN/TS 19101:2020 – Conception de structures composites fibres-polymères,” Projet final révisé de Spécification Technique, Apr. 2021.
  • [7] S. Platt, D. Maskell, P. Walker, and A. Laborel-Préneron, “Manufacture and characterisation of prototype straw bale insulation products,” Nov. 2020.
  • [8] B. Brouard, B. Castagnède, M. Henry, D. Lafarge, and S. Sahraoui, “Mesure des propriétés acoustiques des matériaux poreux,” Mar. 2003. [Online]. Available: https://www.techniques-ingenieur.fr/doi/10.51257/a/v1/r6120
  • [9] I. Danielewicz and J. Reinschmidt, “Electromechanic tests with big bales at the University of Applied Science Magdeburg-Stendal,” 2007.
  • [10] T.-H. Pham, F. Julien, V. Picandet, and P. Pilvin, “Étude expérimentale, théorique et numérique de l'élasticité de composites chaux-chanvre,” Aug. 2013.
  • [11] J. C. H. Affdl and J. L. Kardos, “The Halpin‐Tsai equations: A review,” Polymer Engineering & Science, vol. 16, no. 5, pp. 344–352, May 1976.
  • [12] CERIB and Nebraska, “Résistance à la compression des enduits des murs en paille porteuse,” Oct. 2025.